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«J'en faisais des cauchemars» -Ciccone

«J'en faisais des cauchemars» -Ciccone

(Corus Sports)- Avec ses 1469 minutes de pénalité en carrière dans la LNH, Enrico Ciccone passe aux aveux aujourd'hui pour que la bagarre cesse au hockey junior. Il n'hésite pas à cibler les Michel Therrien et Benoit Groulx de ce monde pour expliquer de tels comportements violents; violence dont les joueurs eux-mêmes ne veulent rien savoir.

«Pat Burns disait que les joueurs comme moi aimaient faire ce genre de travail, mais j'aimerais juste lui dire que non, je n'aimais pas ça. Je n'en dormais pas le soir et j'en avais des maux de ventre. Je l'ai fait, car j'ai réalisé que je devais le faire pour me rendre jusqu'au bout. Mais je n'aimais pas ça.»

«Je ne veux pas montrer que j'étais un jaune, mais je vous le dis que j'avais peur. La nuit je passais des nuits blanches quand je pensais au fait que le lendemain je devais me battre avec Bob Probert ou Tie Domi.»

«Les gens me demandent pourquoi j'ai décidé de prendre ma retraite à 30 ans. La réalité c'est que dans ma tête je n'étais plus capable, j'étais fatigué et je n'en pouvais plus. Les jeunes d'aujourd'hui me demandent encore de leur montrer à se battre. Je refuse à chaque fois.»

Therrien, Groulx, Hartley coupables

Pour Ciccone, il ne fait aucun doute que les entraîneurs sont directement responsables lorsqu'un jeune joueur jette les gants sur la patinoire. Lui-même victime d'un entraîneur assoiffé de violence à son entrée au hockey junior en 1987, l'ancien dur à cuire ne ménage pas les exemples pour prouver la responsabilité des entraîneurs.

«Bergy dit souvent : pourquoi veut-il abolir les bagarres? Il se battait bien lui durant ses années juniors! La réalité c'est que je ne voulais pas me battre. J'ai été choisi 13e au total par Shawinigan. Mon entraîneur à l'époque était un colon qui s'appelait Jacques Grégoire, il m'avait forcé à me battre dès mon premier match. J'avais 17 ans à l'époque.»

«C'était la mentalité d'un gars comme Jacques Grégoire. Dans ce temps là on était à peu près 16 sur 20 chez les Cataractes qui étaient capables de se battre, c'était comme un pré-requis.»

«On parle d'un gars comme Benoit Groulx qui se retrouve maintenant dans la Ligue américaine. Je suis bien heureux pour lui, mais c'est le même gars qui a dit à un jeune de 16 ans, il y a 4 ans : je ne sais pas comment ils t'ont choisi en première ronde, tu es le joueur le plus pourri que j'ai vu! Ce jeune-là a quitté le hockey la saison suivante. C'est de ça que je parle lorsque je parle d'intimidation. On entend des histoires d'entraîneurs qui placent un bâton à la gorge d'un joueur pour tenter de l'intimider.»

«C'est reconnu qu'un gars comme Michel Therrien qui accumulait une trentaine de minutes de punition était un des entraîneurs les plus intimidants. Même chose pour Bob Hartley, qui lançait des pots de Vaseline sur la glace en disant à un joueur qui venait de perdre son père : calme-toi sinon tu vas aller rejoindre ton père!»

Des vies brisées

Il cite notamment le cas de Dean Bergeron, qui a vu sa carrière et sa vie prendre un tout autre tournant en 1987 après qu'un entraîneur ait encouragé les combats dans un match intra-équipe.

«Posez la question à Dean Bergeron pourquoi il est en chaise roulante. Parce qu'il y a des gars comme Grégoire qui envoie des gars se battre et ce gars-là en a perdu sa carrière. Non seulement ça, il s'est retrouvé en chaise roulante. Je me souviens que 2 ou 3 gars avaient alors décidé de ramasser leur poche et accrocher leurs patins. En plus, le jeune qui a renversé Bergeron, est encore marqué par cet incident. Donc, quand j'entends des gens dire que je n'y suis que pour la publicité, ça me dérange.»

«On entend souvent dire que les joueurs de 20 ans ne sautent pas sur les joueurs de 16 ans, mais la réalité c'est que ça arrive encore! Moi je veux que l'on se débarrasse de l'intimidation des entraîneurs qui demandent à leurs jeunes de se battre. Il faut arrêter de se cacher. Michel Bergeron n'a pas vu un match junior en 20 ans.»

«La LHJMQ n'est pas une ligue de développement, c'est une business. Je demanderais à Michel Bergeron et Pat Burns ce qu'il penserait si un de leur fils ou petit fils se retrouve en chaise roulante à cause de ce genre d'incident.»

Une mentalité à changer

En bout de compte pour l'ancien Tricolore, c'est la mentalité pure et simple qu'il faut changer par rapport aux scènes violentes au hockey.

«C'est seulement au Canada qu'il y a de la bataille. On ne voit pas ça aux États-Unis et en plus ils sont en train de nous donner une leçon. Je crois qu'il faudrait les suivre.»

«Quand il y a un beau but, les gens se lèvent, mais c'est vrai que lorsqu'il y a une bagarre les gens crient et se lèvent à chaque fois.»

«C'est inacceptable ce que l'on voit sur la glace. On n'accepterait jamais ce genre de comportement dans une cour d'école.»

En audio, écoutez l'entrevue complète d'Enrico Ciccone avec Jacques Thériault.

Jeremy Filosa et Frédéric Bhérer / Corus Sports
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