(Corus Sports)- Un entraîneur, un potentiel membre de l'équipe et un spécialiste ont commenté la présence de seulement deux Québécois au camp de sélection final d'Équipe Canada Junior à l'émission « Parlons hockey » avec Michel Langevin.
Clément Jodoin, entraîneur de l'Océanic de Rimouski :
Michel Langevin : Est-ce que cinq joueurs de la LHJMQ, c'est un nombre suffisant ou si on s'attendait à plus?
Clément Jodoin : « Ils auraient pu en inviter 2 ou 3 de plus. Il faut cependant respecter les décisions qui sont prises. Ce sont des gens qui sont engagés à temps plein pour prendre ce genre de décision. Ce n'est pas facile, quand tu as les deux pieds dedans, de choisir qui est le meilleur parmi tous les joueurs canadiens. »
M.L. : Comment choisit-on les joueurs du 2e ou 3e trio?
C.J. : « On a tendance à privilégier ceux qui ont pris part au programme des moins de 17 ans et des mois de 18 ans. »
M.L. : Y'a-t-il un problème avec la façon de développer les joueurs au Québec ? :
C.J. : « Je ne crois pas que ce soit un problème avec la façon de les développer à proprement dit. On se doit d'être objectif. Lors de mon dernier voyage en Europe, j'ai discuté avec les gens de la Fédération suédoise. Ils ont 12 régions admnistratives, et dans chacune de ces régions, ils ont engagé un entraineur qui va sur la glace avec le personnel en place. Ils évalient ce qu'ils peuvent faire pour développer les entraineurs? Ont-ils un gymnase? Que peut-on faire hors-glace et sur la glace? Ils n'ont pas juste créé un manuel, ils ont développé des outils pour leurs entraineurs. En deux ou trois ans, il y a eu un changement radical. Il faut donc leur fournir des outils. Il faut cesser de pleurnicher sur le manque de joueurs de la LHJMQ. On doit voir ce qu'on peut faire avec la LHJMQ et dans les Maritimes pour améliorer le développement des joueurs. Il ne faut pas se contenter de peu. »
M.L. : As-tu partagé ça avec des gens ici? :
V.J. : « Non pas encore, je ne fais que passer le commentaire. Je ne veux pas dénigrer le programme québécois. De bonnes choses se font au Québec, avec de bons entraineurs. »
M.L. : Es-tu d'accord avec les commentaires de Guy Boucher, qui croit qu'il y a une lacune dans la vitesse et la combativité au Québec? :
C.J. : « Non. Je respecte ce que Guy Boucher pense, mais il y a du talent partout. Il faut juste le développer, particulièrement hors-glace. Un bon joueur de hockey doit aussi être un bon athlète. Au cours des dernieres années, on (l'Océanic) a été compétitifs à la Coupe Mémorial. Le bassin de talent a diminué énormément et on en paie le prix. Les jeunes jouent maintenant au tennis ou choisissent le ski. On doit garder l'athlète dans notre sport avec des moyens et outils. »
Gabriel Grégoire : Au niveau du hockey junior, comment la ligue a-t-elle progressé depuis 5 ans? :
C.J. : « Tout dépend des organisations. Depuis deux ans, ici, à Rimouski, j'ai mis en place un plan pour que l'on travaille beaucoup plus en dehors de la glace. Ce n'est pas en paniquant qu'on change les choses. Il faut minimiser les erreurs et prendre le temps de bien faire. Je trouve qu'il y a trop de matchs. 60 matchs, ce serait idéal pour que l'on ait plus de temps pour s'entraîner. C'est la meilleure façon de s'améliorer. Un joueur touche à la rondelle 1 ou 2 minutes par match, alors qu'en séance d'entraînement, ton temps de possession de rondelle est beaucoup plus grand et tu peux t'améliorer. »
M.L. : Doit-on se comparer face au programme scolaire et collégial américain? :
C.J. : « Il y a de la frime dans les collèges américains. Le calibre de la LHJMQ est compétitif et les organisations sont beaucoup plus professionnelles que ce l'était. Si on pense à l'athlète, il faudrait vraiment baisser le nombre de matchs, mais il faut se conformer avec la structure actuelle. »
M.L. : Certains disent que les joueurs de 16 et 17 ans passent leur temps sur le banc dans la LHJMQ. Es-tu d'accord? :
C.J. : « Un joueur de 16 ans, tu dois le retourner dans le Midget AAA s'il ne joue pas. Ce n'est pas toujours facile à gérer avec le souci de la victoire. Ce n'est cependant pas mauvais qu'il s'entraîne avec des joueurs plus vieux que lui. Ta première année, c'est une période de découverte. Ca dépend de la philosophie d'équipe. »
M.L. : Parle-moi de Patrice Cormier, qui a été choisi pour le camp de sélection :
C.J. : « Patrice Cormier a été un de nos meilleurs en séries. Il n'a pas les meilleures statistiques, mais c'est un joueur d'équipe. Il joue bien dans les trois zones, il est gros et physique. Il manie bien la rondelle, il prend de bonnes décisions et il est bon sur les mises en jeu. Selon moi, il devrait faire l'équipe.»
Stéphane Leroux, spécialiste du hockey junior à RDS :
« C'est dommage à dire, mais si on se réfère à l'an dernier, on disait la même chose, l'autre année également. Dans les cinq dernières années, neuf joueurs québécois ont fait l'équipe. L'an dernier, un seul vrai Québécois a fait l'équipe, soit Jonathan Bernier. Cette année, on a deux chances avec Angelo Esposito et Kevin Marshall et je leur souhaite de faire l'équipe, mais c'est possible que l'on ait aucun Québécois avec la formation cette année. Il faut se pencher sur les causes de tout ça. »
M.L. : Que font-ils de si différent ailleurs? :
S.L. : « Il y a 12 joueurs natifs de l'Ontario parmi les invités et 8 de la Colombie-Britannique. Comment la Colombie-Britannique peut-elle avoir quatre fois plus de joueurs que le Québec ? Gilles Courteau me disait qu'entre le rang pee-wee et le rang midget, 3 000 joueurs québécois abandonnent le sport à chaque année. Est-ce le ski, les jeux vidéo, les familles reconstituées? Quand les parents sont séparés et qu'une semaine sur deux c'est le père qui y va, et l'autre c'est la mère, se peut-il qu'ils se disent, on va inclure la petite soeur et aller faire du ski tout le monde ensemble, à la place? On l'entend souvent qu'au Québec ça coûte cher de jouer au hockey. Aussi, avec 16 équipes dans la Ligue Midget AAA, il faut se demander si on n'aurait pas pris trop d'expansion. Le problème créé par ça est que nos élites n'ont plus la compétition nécessaire dont ils ont besoin pour se développer. Habitués de contourner les défenseurs, ils arrivent au niveau Junior Majeur et se rendent compte que ce n'est pas la même chose. »
M.L. : Qui crois-tu a une place assurée dans l'équipe parmi les Québécois? :
S.L. : « Aucun d'entre eux. Si j'avais deux dollars à mettre sur un joueur, je le mettrais sur Jake Allen. Il a gagné presque à lui seul la médaille d'or des championnats mondiaux des moins de 18 ans sous la gouverne de Pat Quinn, l'an dernier. Quinn a un préjugé favorable envers lui et il partira avec une longueur d'avance. Depuis le début de la saison, il est phénoménal avec le Junior de Montréal. Quant à lui, Angelo Esposito sait ce qu'il a à faire. Je ne crois pas que Hockey Canada veuille le retrancher pour une quatrième année consécutive. Tout le monde va pousser pour lui, mais il ne doit pas prendre son poste pour acquis. Dans les deux matchs du Défi ADT, il a bien joué devant les bonzes de Hockey Canada. Il s'est bien replié défensivement. Il ne faut pas coûter de buts à ton équipe dans ce genre de compétition. »
C'est le lundi 15 décembre que l'on va connaître l'identité des joueurs qui composeront l'équipe.
M.L. : C'est ta quatrième expérience, tu dois savoir ce qu'il faut faire pour faire l'équipe? :
A.E. : « Oui, j'ai un peu d'expérience. Je vais essayer de l'utiliser à mon avantage. Je me suis amélioré comme joueur, je suis plus fort et j'ai plus de confiance. »
M.L. : T'es-tu remis de tes déceptions? As-tu des doutes sur ta sélection? :
A.E. : « Je regarde ça d'une autre manière. Je veux me présenter là avec une attitude positive. Je m'y suis rendu trois fois, et je faisais partie des 35 meilleurs joueurs au Canada. J'y vais avec l'idée de faire l'équipe. »
M.L. : Es-tu surpris du peu de nombre de Québécois choisis? :
A.E. : «Oui, il y a eu une forte diminution. Quant au pourquoi de cette décision, je n'ai pas de commentaires à formuler. »
M.L. : Faut-il être bon dès le début du camp?
A.E. : « Oui. Les gars se battent pour un poste et ils sont tous très compétitifs. »
M.L. : Tu étais au Centre Bell avec Don Waddell lors du dernier match contre les Thrashers. Comment fut ta rencontre avec lui? :
A.E. : « Bien. Il voulait simplement me dire de continuer dans ma progression cette saison et savoir comment tout se passait avec moi. »
M.L. : Parle-moi de ta saison jusqu'à maintenant. :
A.E. : « J'ai connu un lent départ, mais dans le dernier mois, je me suis amélioré et je continue à travailler à chaque jour pour progresser. Mon équipe et mes entraîneurs m'aident beaucoup. »
En audio, les trois entrevues réalisées jeudi matin.